{"id":151,"date":"2024-11-06T21:12:54","date_gmt":"2024-11-06T20:12:54","guid":{"rendered":"https:\/\/espaceescrime.fr\/?page_id=151"},"modified":"2024-11-13T22:52:11","modified_gmt":"2024-11-13T21:52:11","slug":"les-origines-de-lescrime","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/espaceescrime.fr\/index.php\/les-origines-de-lescrime\/","title":{"rendered":"Les origines de l&rsquo;escrime"},"content":{"rendered":"\n<p>La plus ancienne description d&rsquo;une comp\u00e9tition d&rsquo;escrime est un&nbsp;bas-relief&nbsp;du temple de&nbsp;M\u00e9dinet Habou, pr\u00e8s de&nbsp;Louxor&nbsp;en&nbsp;\u00c9gypte, construit par&nbsp;Rams\u00e8s III&nbsp;en 1190&nbsp;av. J.-C.&nbsp;Les armes sont mouchet\u00e9es, un bouclier attach\u00e9 au bras gauche sert \u00e0 parer, les escrimeurs sont prot\u00e9g\u00e9s par un masque, une mentonni\u00e8re et une protection pour les oreilles. Le vainqueur salue de son arme et de la main le pharaon qu\u2019accompagne sa suite. Un scribe note sur un papyrus les r\u00e9sultats de la comp\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard on retrouve \u00ab\u00a0L&rsquo;escrime\u00a0\u00bb grecque, on y utilise un glaive en bronze nomm\u00e9\u00a0xiphos, qui ressemble plus \u00e0 un long poignard qu&rsquo;\u00e0 une \u00e9p\u00e9e au sens o\u00f9 nous l&rsquo;entendons aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est une arme essentiellement d&rsquo;estoc. <\/p>\n\n\n\n<p>Rome\u00a0va faire du glaive l&rsquo;armement principal de ses l\u00e9gions. Le l\u00e9gionnaire est un soldat disciplin\u00e9, calme, rationnel qui sort son glaive d&rsquo;un geste vif pour transpercer d&rsquo;un seul coup l&rsquo;adversaire qui se pr\u00e9cipite sur lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;Occident latin, les&nbsp;Francs, les&nbsp;Angles, les&nbsp;Goths&nbsp;et les&nbsp;Saxons&nbsp;imposent l&rsquo;usage d&rsquo;\u00e9p\u00e9es de taille et de boucliers ronds propices \u00e0 des combats plus longs, plus \u00e9labor\u00e9s et moins meurtriers que le glaive romain.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9p\u00e9e devient la compagne la plus s\u00fbre de tout homme d\u00e9sirant survivre \u00e0 un voyage ou \u00e0 un pillage. C&rsquo;est le temps du roi\u00a0Arthur, des chevaliers de la\u00a0Table ronde, de\u00a0Tristan et Iseult&#8230; <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Moyen \u00c2ge\u00a0: les premiers \u00ab\u00a0maistres d&rsquo;armoys\u00a0\u00bb<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est durant le si\u00e8cle de\u00a0Saint Louis\u00a0qu&rsquo;apparaissent dans les \u00e9crits les premiers\u00a0<em>ma\u00eetres d&rsquo;armes<\/em>\u00a0professionnels. On reconna\u00eet que manier l&rsquo;\u00e9p\u00e9e n\u00e9cessite un enseignement \u00e0 la fois th\u00e9orique et pratique, et cet enseignement est recherch\u00e9 par la noblesse, qui risque fr\u00e9quemment sa vie sur le champ de bataille, et qui est la seule \u00e0 pouvoir pr\u00e9tendre \u00e0 la possession d&rsquo;une belle \u00e9p\u00e9e de qualit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Au m\u00eame moment, les \u00e9coles d&rsquo;escrime attirent la frange criminelle de la soci\u00e9t\u00e9 cherchant \u00e0 ma\u00eetriser l&rsquo;usage des armes. Le seul moyen pour la soci\u00e9t\u00e9 de s&rsquo;attaquer \u00e0 ce probl\u00e8me est de rendre ces \u00e9coles ill\u00e9gales. En 1286, \u00e0&nbsp;Londres, le roi&nbsp;\u00c9douard&nbsp;<abbr title=\"premier\">I<sup>er<\/sup><\/abbr>&nbsp;\u00e9met un \u00e9dit interdisant l&rsquo;enseignement des techniques d&rsquo;escrime. Malgr\u00e9 de tels d\u00e9crets, les \u00e9coles d&rsquo;escrime fleurissent.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;escrime m\u00e9di\u00e9vale \u00e9tonne surtout par la richesse de son r\u00e9pertoire, contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues qui ne laissent place dans l&rsquo;imaginaire contemporain qu&rsquo;\u00e0 des \u00e9p\u00e9es \u00e9normes et des boucliers lourds et encombrants en acier.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L<em>es&nbsp;Trait\u00e9s d&rsquo;Escrime&nbsp;germaniques, les ma\u00eetres italiens et les&nbsp;\u00ab\u00a0fencing school\u00a0\u00bb&nbsp;d\u2019Angleterre<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Des&nbsp;<em>Fechtb\u00fccher<\/em>&nbsp;(<em>Trait\u00e9s d&rsquo;escrime<\/em>, en&nbsp;allemand) ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits du&nbsp;XIV<sup>e<\/sup>&nbsp;et&nbsp;XVI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cles par plusieurs ma\u00eetres germaniques&nbsp;; les plus c\u00e9l\u00e8bres sont&nbsp;Johannes Liechtenauer, le&nbsp;ma\u00eetre&nbsp;incontest\u00e9 du&nbsp;<abbr title=\"14\u1d49 si\u00e8cle\">XIV<sup>e<\/sup><\/abbr>&nbsp;si\u00e8cle, et&nbsp;Hans Talhoffer,&nbsp;ma\u00eetre suisse&nbsp;au&nbsp;<abbr title=\"15\u1d49 si\u00e8cle\">XV<sup>e<\/sup><\/abbr>&nbsp;si\u00e8cle. Des \u00e9coles de maniement des armes, priv\u00e9es en relations plus ou moins constantes les unes avec les autres, apparaissent \u00e7\u00e0 et l\u00e0 dans le&nbsp;Saint-Empire romain germanique&nbsp;: \u00e0&nbsp;Zurich, \u00e0&nbsp;B\u00e2le, \u00e0&nbsp;Ratisbonne, et dans un grand nombre de villes libres d&rsquo;Allemagne. On y enseigne l&rsquo;escrime m\u00e9di\u00e9vale classique.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est en&nbsp;Italie&nbsp;que de nouveaux ma\u00eetres, inventifs et avant-gardistes, font leur apparition dans la pr\u00e9-Renaissance&nbsp;au tournant des&nbsp;XIV<sup>e<\/sup>&nbsp;et&nbsp;XV<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cles&nbsp;: notamment le c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;Fiore dei Liberi&nbsp;(1350-1420), courtisan du duc d&rsquo;Este. Fiore dei Liberi publie en&nbsp;1410&nbsp;un trait\u00e9 d&rsquo;escrime qui va progressivement uniformiser \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle europ\u00e9enne le maniement des armes&nbsp;: il s&rsquo;agit de son unique \u0153uvre, le&nbsp;<em>Flos Duellatorum<\/em>. Il est consid\u00e9r\u00e9 comme le fondateur de l&rsquo;\u00e9cole italienne.<\/p>\n\n\n\n<p>En&nbsp;Angleterre&nbsp;au&nbsp;XIV<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, sous le r\u00e8gne d&rsquo;\u00c9douard III, la cr\u00e9ation de confr\u00e9ries d&rsquo;archers maniant l&rsquo;arc long&nbsp;avaient \u00e9t\u00e9 fortement encourag\u00e9es par le pouvoir&nbsp;: le but \u00e9tait de pouvoir compter sur des archers nombreux et exp\u00e9riment\u00e9s dans la guerre qui s&rsquo;annon\u00e7ait avec la France. Mais apr\u00e8s la d\u00e9faite anglaise \u00e0&nbsp;Castillon&nbsp;qui met fin \u00e0 la&nbsp;guerre de Cent Ans&nbsp;en&nbsp;1453, le pays sombre dans une dramatique guerre civile&nbsp;: la&nbsp;guerre des Deux-Roses. Pour se d\u00e9fendre contre une ins\u00e9curit\u00e9 montante, de nombreuses \u00e9coles d&rsquo;escrime (<em>fencing school<\/em>&nbsp;en anglais) ouvrent leurs portes de fa\u00e7on plus ou moins clandestines aux jeunes hommes d&rsquo;Angleterre. Le fonctionnement de ces&nbsp;<em>fencing schools<\/em>&nbsp;est rest\u00e9 de nos jours assez obscur, car la plupart d&rsquo;entre elles avaient mauvaise r\u00e9putation et passaient pour former des brigands et des jeunes gens sans scrupules au maniement des armes.<br><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>XV<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle et Renaissance&nbsp;: la rapi\u00e8re<\/em><\/strong><br><\/h3>\n\n\n\n<p>L&rsquo;escrime conna\u00eet sa premi\u00e8re r\u00e9volution avec l&rsquo;invention de la&nbsp;rapi\u00e8re. Cette arme, exceptionnelle pour son \u00e9poque \u00e0 tous les points de vue, va compl\u00e8tement transformer l&rsquo;approche de la discipline. C&rsquo;est le premier pas vers une escrime de&nbsp;loisir&nbsp;: il s&rsquo;agit des premiers concours et comp\u00e9titions d&rsquo;escrime, qui prennent la suite des anciens&nbsp;tournois&nbsp;pour une noblesse qui voit les derniers feux de la&nbsp;chevalerie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le&nbsp;<em>Trait\u00e9 sur les armes<\/em>, de Diego de Valera, \u00e9crit entre 1458 et 1471, marque la naissance de l&rsquo;escrime en tant qu&rsquo;art scientifique. Quelques ann\u00e9es plus tard, au moment o\u00f9 l&rsquo;Espagne&nbsp;est la premi\u00e8re puissance de l&rsquo;Europe, les arm\u00e9es espagnoles r\u00e9pandent l&rsquo;escrime \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger et particuli\u00e8rement au sud de l&rsquo;Italie. \u00c0 cette \u00e9poque, l&rsquo;escrime se d\u00e9veloppe \u00e9galement au nord de l&rsquo;Italie o\u00f9 elle est \u00e9tudi\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du droit dans les universit\u00e9s. De tels centres culturels, comme&nbsp;Bologne&nbsp;ou&nbsp;Venise, attirent des \u00e9tudiants de toutes les nations europ\u00e9ennes. En particulier, le&nbsp;style d&rsquo;escrime&nbsp;pratiqu\u00e9 dans la ville de Bologne a eu une influence fondamentale sur l&rsquo;escrime pratiqu\u00e9e en Europe au d\u00e9but du&nbsp;XVI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"La_fondation_des_\u00e9coles_anglaises_et_fran\u00e7aises_sous_les_r\u00e8gnes_d\u2019Henri_VIII_et_de_Charles_IX\"><em><strong>La fondation des \u00e9coles anglaises et fran\u00e7aises sous les r\u00e8gnes d\u2019Henri VIII&nbsp;et de&nbsp;Charles IX<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>En Allemagne, et ce d\u00e8s le&nbsp;XV<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, les ma\u00eetres d&rsquo;armes se constituent en guildes, dont la plus connue est celle des&nbsp;<em>Marxbr\u00fcder<\/em>, ou associ\u00e9s de saint Marc de L\u00f6wenberg, dont le quartier g\u00e9n\u00e9ral situ\u00e9 \u00e0&nbsp;Francfort, forme des branches dans plusieurs autres villes. De fa\u00e7on similaire, les \u00e9p\u00e9istes professionnels forment des associations l\u00e9gales en&nbsp;Espagne&nbsp;et dans le nord de l&rsquo;Italie. <\/p>\n\n\n\n<p>En Angleterre,\u00a0Henri VIII, un amateur d&rsquo;exercices virils, octroie aux \u00e9p\u00e9istes l&rsquo;autorisation de former une compagnie imitant l&rsquo;association mondialement connue des\u00a0<em>Marxbr\u00fcder<\/em>. Ils se voient ainsi attribuer le lucratif monopole de l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;art du combat en Angleterre. <\/p>\n\n\n\n<p>En France, le roi Charles IX autorise en 1567 les ma\u00eetres d&rsquo;armes \u00e0 se r\u00e9unir en une association qualifi\u00e9e d&rsquo;\u00ab\u00a0Acad\u00e9mie des Ma\u00eestres en faits d&rsquo;armes\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le duel au sens moderne \u00e9tait une chose peu commune avant le&nbsp;XVI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Il appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois en France, et c&rsquo;est dans ce pays qu&rsquo;il aura le plus de succ\u00e8s. Les raisons \u00e0 cela sont li\u00e9es \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et au caract\u00e8re national. Pour Buckle, le duel est un d\u00e9veloppement de la chevalerie, et cette derni\u00e8re est une des phases de l&rsquo;esprit protecteur dominant en France jusqu&rsquo;\u00e0 la R\u00e9volution.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Henri IV\u00a0commence son r\u00e8gne par un \u00e9dit contre les duels, mais il est r\u00e9put\u00e9 pour les favoriser en priv\u00e9. Lorsque le mar\u00e9chal\u00a0de Cr\u00e9quy\u00a0demande \u00e0 se retirer pour combattre le don Philippe de Savoie, le roi lui aurait r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0Vas, et si je n&rsquo;\u00e9tais le roi, j&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 ton t\u00e9moin\u00a0\u00bb. Dans ses\u00a0<em>M\u00e9moires<\/em>,\u00a0Fontenay-Mareuil\u00a0pr\u00e9tend que deux mille hommes de naissance noble sont tomb\u00e9s au cours de duels entre 1601 et 1609. <\/p>\n\n\n\n<p>Sous le long r\u00e8gne de\u00a0Louis XIV, de c\u00e9l\u00e8bres duels se produisent, dont les plus remarquables sont celui confrontant le duc de Guise au comte de Coligny, le dernier duel effectu\u00e9 sur la\u00a0place Royale, ainsi que celui confrontant le\u00a0duc de Beaufort\u00a0au\u00a0duc de Nemours, tous les deux assist\u00e9s de quatre amis. De ces dix combattants, Nemours et deux autres sont tu\u00e9s sur place, et aucun n&rsquo;\u00e9chappe du combat sans blessure.<\/p>\n\n\n\n<p>Les privil\u00e8ges de l&rsquo;Acad\u00e9mie des ma\u00eetres d&rsquo;armes sont confirm\u00e9s par les rois de France, Henry III, Henry IV, Louis XIII et sont augment\u00e9s sous Louis XIV. Pour exprimer la haute estime en laquelle il tient la profession de ma\u00eetre d&rsquo;armes, ce dernier anoblit un certain nombre de ma\u00eetres avec des titres h\u00e9r\u00e9ditaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du\u00a0XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, \u00e0 la cour du roi Louis XIV, l&rsquo;\u00e9p\u00e9e se modifie sous l&rsquo;influence de la tenue vestimentaire. Comme la rapi\u00e8re, longue et effil\u00e9e, ne convient plus \u00e0 cette forme d&rsquo;habillement, la mode introduit la courte et l\u00e9g\u00e8re\u00a0\u00e9p\u00e9e de cour. Le style fran\u00e7ais s&rsquo;impose ainsi en Europe comme auparavant le style italien. Les coups sont uniquement port\u00e9s avec la pointe et la lame sert \u00e0 la d\u00e9fense. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui se nomme aujourd&rsquo;hui escrime \u00e9merge tandis que le style fran\u00e7ais remplace le style italien. Pour minimiser les risques de blessure, des conventions vont r\u00e9glementer l&rsquo;escrime \u00e0 l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, ou son homologue d&rsquo;exercice, le\u00a0fleuret. La lame de cette derni\u00e8re, sorte d&rsquo;\u00e9p\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude et d&rsquo;entra\u00eenement, se termine par un bouton, comme une fleur, d&rsquo;o\u00f9 le nom de fleuret attribu\u00e9 \u00e0 cette arme. Les coups valides sont r\u00e9duits \u00e0 certaines parties du corps, et au bretteur qui initie l&rsquo;assaut est accord\u00e9 un \u00ab\u00a0droit de passage\u00a0\u00bb lui donnant le droit de terminer son mouvement, \u00e0 moins qu&rsquo;il ne soit efficacement par\u00e9, avant que l&rsquo;adversaire ne puisse riposter.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;escrime est pratiqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine sans aucune protection pour le visage. Les masques grillag\u00e9s seront invent\u00e9s en 1780 par un c\u00e9l\u00e8bre ma\u00eetre d&rsquo;armes,&nbsp;La Bo\u00ebssi\u00e8re, et ne seront utilis\u00e9s commun\u00e9ment que beaucoup plus tard. Par cons\u00e9quent, afin d&rsquo;\u00e9viter des accidents dangereux au visage, l&rsquo;\u00e9tiquette rigoureuse de la salle d&rsquo;escrime \u00e9tablissait depuis fort longtemps le fait de garder la pointe basse. Au&nbsp;XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, un aristocrate \u00e9cossais, coupable de l&rsquo;assassinat d&rsquo;un ma\u00eetre d&rsquo;armes en repr\u00e9sailles d&rsquo;un \u00e9borgnage au cours d&rsquo;un duel d&rsquo;escrime, plaide au cours de son proc\u00e8s que la coutume veut qu&rsquo;on \u00ab&nbsp;\u00e9pargne le visage&nbsp;\u00bb. Pour une plus grande s\u00e9curit\u00e9, la convention estime que seuls les coups \u00e0 la poitrine comptent lors d&rsquo;un combat. De fait, le maniement de l&rsquo;\u00e9p\u00e9e devient impraticable et perd de sa valeur en tant qu&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 la guerre ou au duel. Curieusement, quand le port du masque devient une pratique g\u00e9n\u00e9rale, et \u00e0 la suite de l&rsquo;invention du fleuret, la pratique de l&rsquo;escrime devient encore plus conventionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Au&nbsp;XVIII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, l&rsquo;escrime tient une place importante dans l&rsquo;\u00e9ducation de la noblesse. Elle fait partie, avec la&nbsp;danse&nbsp;et l&rsquo;\u00e9quitation, des arts permettant de fortifier le corps, et, \u00e0 l&rsquo;instar de la chasse, de pr\u00e9parer \u00e0 la guerre. L&rsquo;\u00c9cole royale militaire&nbsp;(1751-1777), ainsi que les coll\u00e8ges militaires donnent au maniement des armes une place de choix dans l&rsquo;entrainement militaire. D\u00e8s le jeune \u00e2ge, les enfants de la noblesse parlementaire portent l&rsquo;\u00e9p\u00e9e et apprennent \u00e0 l&rsquo;utiliser. Dans l&rsquo;arm\u00e9e, les hommes de troupe pratiquent \u00e9galement l&rsquo;escrime, sous la direction d&rsquo;un ma\u00eetre d&rsquo;armes. En 1788, les membres parisiens de la corporation des ma\u00eetres d&rsquo;armes fondent l&rsquo;\u00c9cole royale d&rsquo;armes. Mais la loi du 17 mars 1791 met fin \u00e0 toutes les corporations, dont celle des ma\u00eetres d&rsquo;armes. Sous le Premier Empire, la pratique de l&rsquo;escrime est largement r\u00e9pandue dans l&rsquo;arm\u00e9e, o\u00f9 chaque r\u00e9giment a son ma\u00eetre d&rsquo;armes. Facultative en 1815, l&rsquo;escrime est de nouveau obligatoire dans l&rsquo;arm\u00e9e en 1824, puis redevient facultative en 1834. Sous la Restauration, la libert\u00e9 d&rsquo;installation permet \u00e0 de nombreux v\u00e9t\u00e9rans de l&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;ouvrir leur propre salle d&rsquo;escrime. L&rsquo;escrime jouit d&rsquo;un certain prestige dans la soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque. Des \u00e9crivains, comme&nbsp;Alexandre Dumas&nbsp;ou&nbsp;Th\u00e9ophile Gautier&nbsp;viennent prendre des le\u00e7ons aupr\u00e8s d&rsquo;un ma\u00eetre parisien. La capitale offre \u00e9galement des salles mises \u00e0 la disposition des amateurs, o\u00f9 des assauts publics sont parfois organis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours du&nbsp;XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, la pratique de la&nbsp;<em>Mensur<\/em>&nbsp;connait dans les universit\u00e9s allemandes une \u00e9volution remarquable. Cela consiste \u00e0 un combat d&rsquo;escrime avec des armes r\u00e9elles. Ces combats sont strictement r\u00e9glement\u00e9s. Seuls les membres de deux diff\u00e9rentes associations d&rsquo;\u00e9tudiant&nbsp;peuvent pratiquer ces combats. <\/p>\n\n\n\n<p>Les parties vitales des combattants sont prot\u00e9g\u00e9es avec de la&nbsp;cotte de mailles, du cuir ou du kevlar Ces duels s&rsquo;effectuent par convention entre membres de diff\u00e9rentes corporations. Ils s&rsquo;effectuent soit au dehors, soit dans une taverne ou une maison d&rsquo;\u00e9tudiant. Les combattants sont prot\u00e9g\u00e9s par un masque grillag\u00e9 ou de cuir, une bande autour du cou, des gants de cuir et des lunettes sp\u00e9ciales. Il est interdit de jouter d&rsquo;estoc, et la tradition recommande de frapper de taille. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1850, le duel constitue de plus en plus sa propre fin. Les corporations se tiennent rendez-vous dans un endroit convenu, et il est rare que cette r\u00e9union n&rsquo;ait pas une issue sanglante. Un arr\u00eat de 1883 met fin p\u00e9nalement \u00e0 la&nbsp;<em>Mensur<\/em>&nbsp;entre \u00e9tudiants, mais l&#8217;empereur&nbsp;Guillaume Ier&nbsp;encourage cette pratique ouvertement. Ainsi, bien que le duel soit interdit, plusieurs officiers sont d\u00e9grad\u00e9s pour avoir refus\u00e9 de se battre. Au d\u00e9but du si\u00e8cle, plusieurs associations d&rsquo;\u00e9tudiants s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent contre la pratique du duel, et la&nbsp;<em>Mensur<\/em>&nbsp;perd peu \u00e0 peu le caract\u00e8re sanglant de ses d\u00e9buts.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Cr\u00e9ation de la Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;encouragement \u00e0 l&rsquo;escrime, premiers jeux Olympiques<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>L&rsquo;escrime connait un regain de faveur \u00e0 la fin du second Empire et surtout apr\u00e8s 1870. En 1869,&nbsp;Napol\u00e9on III&nbsp;r\u00e9instaure l&rsquo;instruction obligatoire de l&rsquo;escrime aux soldats. En 1877, un r\u00e8glement complet pr\u00e9voit de rendre l&rsquo;escrime \u00e0 l&rsquo;\u00e9p\u00e9e obligatoire dans la cavalerie et l&rsquo;infanterie, et l&rsquo;escrime au sabre obligatoire dans la cavalerie et facultative dans l&rsquo;infanterie. Les ann\u00e9es 1880 marquent aussi le retour des duels dans la soci\u00e9t\u00e9. La revue&nbsp;<em>Escrime fran\u00e7aise<\/em>&nbsp;mentionne de nombreux duels entre d\u00e9put\u00e9s et journalistes. <\/p>\n\n\n\n<p>En 1882, est fond\u00e9e la Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;encouragement \u00e0 l&rsquo;escrime. Les salles d&rsquo;armes fleurissent \u00e0 Paris et en province, et les ma\u00eetres d&rsquo;armes convertissent leur salles en \u00ab&nbsp;cercles d&rsquo;escrime&nbsp;\u00bb avec une v\u00e9ritable organisation. La pratique de l&rsquo;escrime appara\u00eet comme une \u0153uvre patriotique permettant de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la nation par son \u00e9ducation virile.<\/p>\n\n\n\n<p>La complexit\u00e9 de l&rsquo;escrime au fleuret pratiqu\u00e9e dans les conditions id\u00e9ales de la salle d&rsquo;armes, produit un art d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat remarquable. Cependant les n\u00e9cessit\u00e9s toujours actuelles du combat en duel font peu de cas de ce jeu d&rsquo;\u00e9cole. L\u2019\u00e9p\u00e9e, longtemps d\u00e9laiss\u00e9e au profit du fleuret dans les salles d&rsquo;armes, retrouve un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat chez les nobles et la haute bourgeoisie \u00e0 la fin du&nbsp;XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. L&rsquo;\u00e9p\u00e9e \u00e9tait une arme de duel r\u00e9glementaire et \u00e9tait utilis\u00e9e sans conventions. L&rsquo;\u00e9p\u00e9e de salle devient alors une arme r\u00e9guli\u00e8re de comp\u00e9tition, et est utilis\u00e9e sans limitations de r\u00e8gles hormis le port de v\u00eatements de protection, se rapprochant ainsi des conditions r\u00e9elles du duel. <\/p>\n\n\n\n<p>Cependant le maniement des armes est d&rsquo;abord un moyen de se d\u00e9fendre, et les multiples manuels sur le duel publi\u00e9s apr\u00e8s 1870 sont l&rsquo;\u00e9manation directe des cercles d&rsquo;escrime. Dans les salles d&rsquo;armes, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des amateurs qui se livrent \u00e0 l&rsquo;assaut au fleuret, le ma\u00eetre d&rsquo;armes met en condition celui qui doit r\u00e9gler un duel \u00e0 l&rsquo;\u00e9p\u00e9e. N\u00e9anmoins l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;\u00e9p\u00e9e vise \u00e0 prot\u00e9ger aussi bien le duelliste que son adversaire. Le but n&rsquo;est pas de tuer mais de mettre son adversaire hors de combat.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;escrime devient un sport de comp\u00e9tition \u00e0 la fin du&nbsp;XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Vers 1890, on commence \u00e0 parler d&rsquo;escrime sportive. En avril 1891, un assaut au fleuret entre Louis M\u00e9rignac et Eug\u00e9nio Pini est remport\u00e9 par le Fran\u00e7ais qui est alors surnomm\u00e9 le \u00ab&nbsp;Grand Patron&nbsp;\u00bb. En 1895, le journal l&rsquo;Escrime Fran\u00e7aise organise un tournoi entre quatre Italiens et quatre Fran\u00e7ais. L&rsquo;escrime masculine devient une \u00e9preuve des&nbsp;Jeux olympiques&nbsp;en 1896. L\u2019<em>Amateur Fencing Association<\/em>&nbsp;est cr\u00e9\u00e9e en 1902 en Grande-Bretagne, puis la&nbsp;<em>F\u00e9d\u00e9ration des Salles d&rsquo;Armes et Soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;Escrime<\/em>&nbsp;en France en 1906. Lors des jeux de 1912, la France et l&rsquo;Italie refusent de participer aux \u00e9preuves \u00e0 la suite d&rsquo;un d\u00e9saccord sur le r\u00e8glement. En cons\u00e9quence, la&nbsp;F\u00e9d\u00e9ration Internationale d&rsquo;Escrime&nbsp;est fond\u00e9e en 1913. Elle devient l&rsquo;organe directeur de l&rsquo;escrime internationale pour les amateurs, \u00e0 la fois aux Jeux olympiques et lors des championnats du monde.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L&rsquo;escrime que nous connaissons est n\u00e9.<\/em><\/strong><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><em>Sources :<br>Histoire de l&rsquo;escrime, le temps des barbares, sur escrime-ffe.fr<br>Me G\u00e9rard Six, \u00ab&nbsp;Histoire de l&rsquo;escrime&nbsp;\u00bb, F\u00e9d\u00e9ration Internationale d&rsquo;Escrime<br>\u00ab&nbsp;Fencing&nbsp;\u00bb,&nbsp;Encyclop\u00e6dia Britannica, 2010.<br>\u00ab&nbsp;A Short History of Fencing&nbsp;\u00bb, taken from&nbsp;The Theory and Practice of Fencing&nbsp;by Julio Martinex Castello (1933)<br>\u00ab&nbsp;Fencing&nbsp;\u00bb,&nbsp;Encyclop\u00e6dia Britannica, Eleventh Edition, 1910.<br>\u00ab&nbsp;Escrime&nbsp;\u00bb, Encyclop\u00e9die Larousse en ligne.<br>\u00ab&nbsp;Duel&nbsp;\u00bb,&nbsp;Encyclop\u00e6dia Britannica, Eleventh Edition, 1910.<br>Fran\u00e7ois Guillet,&nbsp;La Mort en face&nbsp;; Histoire du duel en France de la R\u00e9volution \u00e0 nos jours, Aubier, 2008<br>\u00ab&nbsp;A Short History of Ancient Fencing&nbsp;\u00bb.<br>\u00ab&nbsp;\u00c9p\u00e9e-de-combat&nbsp;\u00bb,&nbsp;Encyclop\u00e6dia Britannica, Eleventh Edition, 1910.<br>Franz Wissant, \u00ab&nbsp;La Mensur, rituel sanglant des \u00ab\u00a0Waffenstudenten\u00a0\u00bb&nbsp;\u00bb, 2011<br>Monique De Saint Martin, \u00ab&nbsp;La noblesse et les \u00ab\u00a0sports\u00a0\u00bb nobles&nbsp;\u00bb,&nbsp;Actes de la recherche en sciences sociales, n\u00b080, 1989, p. 25-26<br>Nick Evangelista,&nbsp;The Encyclopedia of the Sword, Greenwood Press, Westport, 1995 p. 301; 501<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La plus ancienne description d&rsquo;une comp\u00e9tition d&rsquo;escrime est un&nbsp;bas-relief&nbsp;du temple de&nbsp;M\u00e9dinet Habou, pr\u00e8s de&nbsp;Louxor&nbsp;en&nbsp;\u00c9gypte, construit par&nbsp;Rams\u00e8s III&nbsp;en 1190&nbsp;av. 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